Vu d’Alsace : le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN

mai 4, 2009

OTANMais qu’est-ce que la France va faire dans le commandement intégré de l’OTAN ?

La France était une force militaire indépendante depuis 1966, date de la décision du Général de Gaulle de sortir du commandement intégré de l’Alliance atlantique. La France a toujours été l’alliée des Etats-Unis, mais elle était militairement et politiquement indépendante. Dans tout le pays et dans tous les partis, la position prise en 1966 faisait consensus. Cette ligne stratégique était la base, le socle même de la puissance et de l’audience de notre pays à travers le monde. Alliée aux Etats-Unis, mais pas vassal : la France pouvait prendre sa propre position et défendre ses intérêts à travers le monde.

Aujourd’hui, Nicolas Sarkozy a fait entrer notre nation dans le commandement intégré de l’OTAN. C’est une erreur politique importante. Outre qu’il brade la ligne de consensus française pour son propre prestige et pour le plaisir de faire quelques photos en présence de Barack Obama, l’omniprésident de la République a, de fait, affaiblit la position internationale de notre pays.

Prendre une position aussi courageuse que celle qu’avait prise le Président Chirac pour ne pas engager la France dans la guerre d’Irak sera malheureusement beaucoup plus difficile à prendre. Certains diront que l’Allemagne, elle aussi, n’a pas été  en Irak alors qu’elle est dans le commandement intégré. C’est vrai, mais sans la position indépendante de la France, qui lui permettait de rendre sa position légitime, l’Allemagne aurait été avec nous dans cette « guerre-galère ».

D’autres diront également que la politique étrangère américaine ne sera plus la même avec Barack Obama au pouvoir. C’est peut-être vrai. Bien qu’étant admiratifs du début de mandat d’Obama, la vérité oblige à dire que l’Amérique restera toujours l’Amérique. D’autant qu’Obama ne sera aux affaires au mieux que huit années.  Et surtout, Obama ou pas, le Président américain défendra encore et toujours les intérêts de son pays sur la scène internationale. Et la France, dans le commandement intégré de l’OTAN devra suivre, elle n’aura pas d’autre choix. L’exemple type reste l’Afghanistan, où nos troupes sont engagées et où Obama envisage de poursuivre l’action entamée par son prédécesseur. La France ne pourra que difficilement en sortir. Seule une position indépendante à l’OTAN et des responsables politiques courageux pourront nous permettre de quitter l’Afghanistan avant les américains.

Outre les élus socialistes qui ont contestés très fortement cette décision par la voix de Laurent Fabius le 17 mars dernier, des responsables politiques de droite se sont aussi engagés contre cette réintégration comme Alain Juppé, Dominique de Villepin ou encore François Bayrou, pour ne citer qu’eux. A gauche aussi, des hommes d’Etats et non des moindres continuent à s’opposer à cette réintégration. Jean-Pierre Chevènement estime qu’un retour dans le commandement intégré est une décision « dangereuse pour la sécurité de la France » et Laurent Fabius, lui, indiquait que cette réintégration « briserait le consensus national » et que si « M. Sarkozy est Président de la République, il n’est pas propriétaire du destin de notre pays. Il ne lui appartient pas, par préjugé idéologique, de rompre avec les intérêts supérieurs de la France. »

François Fillon a réussi un formidable tour de « passe-passe » lors du vote à l’Assemblée Nationale. En effet, sachant que même à droite, certains députés pourraient voter contre la réintégration, celui-ci a engagé une procédure du vote de « confiance » sur la politique de son gouvernement, faisant donc pointer le risque d’une crise politique en cas de vote défavorable, et contraignant les députés de son propre camp à voter pour cette mesure.

Cette décision prise sans un véritable débat démocratique par la majorité conservatrice au Parlement à débouché sur le fiasco du Sommet de l’OTAN à Strasbourg.

Tout était l’air mis en œuvre pour décrédibiliser le contre-sommet de l’OTAN : le site où était installé le « village alternatif » à été cantonné au fin fond du quartier du Neudorf (à l’extrémité sud de l’agglomération strasbourgeoise), le centre-ville était impossible d’accès, avec des allures de camp retranché (9000 policiers et gendarmes, 1500 militaires), plusieurs associations altermondialistes ont été bloquées à la frontière allemande, et les reportages parlant du contre-sommet ne présentaient que des affrontements entre groupes de « casseurs » et forces de l’ordre. La manifestation du contre-sommet a été autorisé dans un seul endroit : le quartier du Port du Rhin, un quartier difficile d’accès, très éloigné, à nouveau, du centre-ville, et sans réelle possibilité de visibilité médiatique. De plus, le quartier semblait dépourvu de forces de police, celles-ci se contentaient de bloquées les ponts permettant de s’approcher du centre-ville. En bref, tout était prêt pour que le quartier soit « sacrifié » afin que Nicolas Sarkozy puisse s’afficher tranquillement en ville avec Barack Obama. C’est ce qui s’est passé. En effet, malgré l’omniprésence des forces de l’ordre à Strasbourg au cours de ce week-end, aucune n’est intervenue pour stopper les incendies de la douane, de la pharmacie, et de l’hôtel qui se trouvaient dans le quartier. Par ailleurs, la manifestation n’a pas vraiment pu se dérouler. Elle fut bloquée devant un petit passage sous une voie de chemin de fer, « un vrai guet append » selon certains organisateurs. S’en est suivit un affrontement très violent entre casseurs et CRS. Le gros de la manifestation pacifiste s’est alors retrouvée entre deux feux, et plusieurs personnes qui ne faisaient que manifester se sont vues touchées par des tirs de gaz lacrymogène… Le bilan est lourd : 33 manifestants, 15 policiers, et un journaliste blessés, l’ancienne douane, l’hôtel ibis, une pharmacie et une station service partis en fumée ; la grande mobilisation des forces de polices, n’a pas permis d’empêcher le désastre dans un quartier déjà fortement touché par la précarité.

Pour sortir par le haut, les socialistes doivent faire connaître la position qu’ils défendent. En effet, un des passages du texte adopté par le Parti Socialiste et intitulé « Donner une nouvelle direction à l’Europe » fait référence à la politique en matière de défense dont voici l’extrait :

– Une Europe forte avec une vraie défense européenne et non cette subordination au commandement intégré de l’OTAN que Nicolas Sarkozy impose à la France.

Voilà qui doit permettre de faire vivre le débat, voilà aussi un argument qui doit être au cœur de la campagne des élections européennes.

Franck Dudt et Matthieu Rudler (G.E. Haut-Rhin)


La sécurité selon Sarkozy

mai 4, 2009

En ce mardi 21 Avril 2009 à Nice, Nicolas Sarkozy est revenu à ses fondamentaux et à son cocktail détonnant fait d’autoritarisme et du tout sécuritaire.

Il en a fait sa marque de fabrique depuis 2002 au ministère de l’intérieur, pour l’entretenir ensuite durant sa campagne présidentielle et puis enfin la conduire à l’Elysée ces deux dernières années.

L’approche du scrutin européen venant, l’inquiétude économique et la colère sociale nourrissant le rejet contre le gouvernement ; le président de la République remet sur la table un menu qu’il affectionne : celui du populisme !

A Nice, ville de son ami Christian Estrosi, le mardi 21 avril, fait exprès ; Nicolas Sarkozy a dénoncé les phénomènes de bandes violentes, le port de la cagoule dans les manifestations, et a martelé sa volonté de « passer à la vitesse supérieure » dans « la lutte contre les voyous et les délinquants » alimentant son aversion envers le pouvoir judiciaire en relançant la question controversée de la responsabilité des magistrats : « Je suis responsable, le commissaire est responsable, le professeur est responsable, le magistrat est responsable » pour mieux souligner, par antiphrase, que le magistrat ne l’est pas assez à ses yeux et qu’il entend y remédier par la loi.

Ces propos m’avaient alors apostrophé sur deux choses ; ma première remarque est politique : si le chef de l’Etat est « responsable », il est donc comptable des insuffisances et des impuissances de la politique sécuritaire menée depuis sept ans.

Très loin du bilan glorieux qu’il brandit, les chiffres sont éloquents : si les atteintes aux biens ont diminué de 22 % entre 2003 et 2008, les agressions contre les personnes ont progressé de 14 % et ce en dépit d’un arsenal invraisemblable de lois très souvent inapplicables.

Au lieu de l’autosatisfaction affichée, Nicolas Sarkozy devrait s’interroger sur la philosophie, la méthode et les moyens de la politique du tout sécuritaire qu’il conduit depuis 2002.

Ma deuxième remarque est d’ordre constitutionnel : la singularité de notre système politique fait que le président de la République n’est responsable devant personne ; la seule sanction qui le menace étant celle de l’opinion.

Or depuis son élection, Nicolas Sarkozy a établi une pratique exclusive du pouvoir présidentiel effaçant d’un coup d’un seul les attributions et le rôle d’un premier ministre inexistant car sans fonction réelle dévolue.

De ce fait, Nicolas Sarkozy a gommé l’obligation de l’exécutif de rendre des comptes devant les Assemblées élues. Attitude oh combien dangereuse ou pour tout dire, irresponsable.

Fabrice Frichet (G.E.Doubs)


Café politique: la diversité contre l’égalité?

mai 3, 2009
Le mardi 12 mai 2009 à 20h, Génération égalité Paris vous invite à un café politique sur le thème “La diversité contre l’égalité?”, avec Julien Landfried, directeur de l’Observatoire du communautarisme. La rencontre aura lieu au café Le Monaco, 2 rue Vulpian, 75013 Paris (métro Glacière ou Corvisart).
Pour plus d’informations, contacter Nelly Morisot à l’adresse nelly_morisot@yahoo.fr

Café politique: la situation économique et sociale, quelles réponses, quelles mesures ?

avril 25, 2009

Le mercredi 20 mai 2009 à 19h, Génération Egalité Ardennes vous invite à un café politique sur le thème: “La situation économique et sociale, quelles réponses, quelles mesures ?”, avec pour invité Jean-Paul Bachy, président de la région Champagne-Ardennes, et en présence de Claudine Ledoux, maire de Charleville-Mezières. Modération: Nelly Morisot, Secrétaire générale de Génération Egalité.

Pour plus d’informations, contacter Florian Glay, responsable Génération Egalité Ardennes: f.glay@laposte.net


A lire: Contre le communautarisme, de Julien Landfried

avril 24, 2009

Le communautarisme ? Naguère absent de notre vocabulaire et de nos préoccupations premières, il s’est en quelques années emparé du terrain et a colonisé bien des esprits.

Nous voici, en guise de «progrès», promis à la juxtaposition ethnique, religieuse ou sexuelle. Des minorités victimaires aux «lois mémorielles», de la discrimination positive aux «minorités visibles», du politiquement correct à la pénalisation des débats, de l’importation du conflit israélo-palestinien aux ethno-régionalismes, quel déferlement !

Certains imaginent le phénomène soluble dans la République. C’est exactement le contraire qui est en train de se passer. Le chantage exercé par des entrepreneurs communautaires non représentatifs rencontre la complaisance médiatique et bénéficie du soutien de maint responsable.

Une partie de nos élites, jouant les apprentis sorciers, croit avoir trouvé la martingale pour durer : on gomme le peuple souverain, on gère la division et la concurrence communautaire…

Le présent essai apporte la démonstration magistrale d’une collusion entre petites lâchetés, grand cynisme et abandon résolu de tout projet égalitaire. Et dessine les contours d’une – très urgente – contre-attaque républicaine.

Julien Landfried est le cofondateur et directeur de l’Observatoire du communautarisme. Il sera l’invité de Génération égalité le 12 mai 2009 à éàh (café Le Monaco, 2 rue Vulpian, 75013 Paris)

Julien Landfried tient également un blog dédié à la réflexion sur le communautarisme, la laïcité, les discriminations et le racisme: http://www.communautarisme.net/ . A consulter!

 


Laïcité, j’écris ton nom

mars 24, 2009

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Voici un excellent article paru sur le blog de notre camarade de Gironde, Marie-Christine Darmian-Gautron. Retrouvez ses billets sur http://mcdarmian.over-blog.fr/

Je me suis rendue compte dans mes fonctions militantes de secrétaire fédérale du Parti Socialiste de la Gironde déléguée à la laïcité et à la citoyenneté que le sujet de la laïcité ne passionnait pas les foules.

J’ai eu l’impression dans les débats et autres réunions auxquels j’ai pu assister, dans les discussions que j’ai pu avoir, que la grande majorité de mes interlocuteurs ne savaient pas toujours ce qu’elle représentait pour l’équilibre de notre République et donc pour leur quotidien. Je suis fille d’instituteurs et j’ai comme cela quelques travers qui m’ont été inculqués sur les bancs de l’école dont un qui veut que la connaissance, c’est partager le savoir qui nous fait grandir. J’ai donc choisi de vous faire partager mes recherches sur la laïcité et ce qu’elle représente en France.


La laïcité est d’abord une séparation, celle du civil et du religieux mais elle est aussi une union celle qui rassemble les femmes et les hommes d’opinions, de religions ou de convictions diverses dans la même communauté. L’adjectif « laïque » s’oppose d’abord à « clérical », peut aussi désigner l’indépendance par rapport à toute confession religieuse. Voilà pour la définition de la laïcité que j’ai trouvée sur les pères des ânes comme disait ma grand-mère lorsqu’elle parlait des dictionnaires.

Mais que se cache-t-il dans son histoire ?

Le laïc a plusieurs siècles et dans un monde où l’Eglise régnait en maître il est peu usité. Les latinistes avertis vous raconteront que le mot trouve sa racine dans “laicus” qui veut dire si mes souvenirs sont bons « commun du peuple ». Le comble c’est que dans cette histoire là le terme est dans le parlé ecclésiastique et il s’oppose en grec à klerikos, le clerc. L’Eglise s’en servait alors pour désigner toute personne qui n’était ni clerc, ni religieux, mais qui appartenait cependant à l’Église. Déjà à cette époque elle s’appropriait les ouilles : le laïc est celui qui est baptisé, aucun incroyant n’étant considéré comme laïc ; plus encore le laïc est l’homme commun qui n’a pas été instruit ni consacré par sa religion sous entendu par l’Eglise.


Le chemin a été long

Le concept de laïcité, en tant que séparation du pouvoir ecclésiastique et du pouvoir séculier, est ancien. Il induit une hiérarchie entre le pouvoir politique et l’Autorité qu’il fallait qualifiée de spirituelle. Déjà à cette époque les révoltes apparaissent et contestent la main mise du clergé sur cette autorité décidée de facto. C’est à cette époque que fut installée l’inquisition espagnole … Etait-ce un hasard de l’histoire … je ne le crois pas.

Cette hiérarchisation a aujourd’hui disparu depuis que l’Etat est devenu autonome sur la question religieuse. On retrouve cela durant le siècle des Lumières où Voltaire parle de missionnaires laïques pour désigner les vocations morales nées en dehors des cœurs de cathédrale. Il faudra attendre que la Commune de Paris vote un décret de séparation de l’Église et de l’État. Suivra ensuite la mise en place d’un savoir et d’un enseignement non religieux instauré par l’Etat. L’école républicaine est laïque et le religieux passe dans la sphère privée des familles.

Selon Henri Pena-Ruiz, dans la cité grecque la religion organisait le lien social. La cité changeant et intégrant des croyances multiples, le citoyen a ses dieux personnels dans une cité qui a ses propres dieux garant du salut commun. Bel exemple de confusion dont l’Eglise se servira bien après. La religion de la cité aura alors une fonction civique dépourvue de dogmatisme théologique.

Le droit romain développera cette distinction entre lois communes et pouvoir religieux en distinguant la chose publique, la « res publica », de la chose privée. Ainsi sont réunis les composantes de la laïcité contemporaine : le respect de la conscience individuelle, la recherche de l’intérêt général, la primauté de la loi sur les dogmes.

Est désormais laïque au sens de Laos « la population indivise », « ce qui concerne tout le peuple, indépendamment des diverses croyances ou convictions qui le divisent ». « Les laïques, c’est le peuple, c’est la masse non mise à part, c’est tout le monde, les clercs exceptés, et l’esprit laïque, c’est l’ensemble des aspirations du peuple, du laos, c’est l’esprit démocratique et populaire. » Jean Baubérot définie la laïcité contemporaine sous trois aspects : l’État est sécularisé, la liberté de croyance et de culte est garantie, et les croyances sont égales entre elles. La conception française est certainement, dans son principe, la plus radicale des conceptions de la laïcité même si elle n’est pas totale.

Sa justification réside dans le fait que l’État respecte toutes les croyances de manière égale, il ne devrait en reconnaître aucune. Selon ce principe, la croyance religieuse relève de l’intimité.

De ce fait, l’État n’intervient pas dans la religion du citoyen, pas plus que la religion n’intervient dans le fonctionnement de l’État. La laïcité à la française pose comme fondement la neutralité religieuse de l’État.

C’est sous la Révolution française, notamment dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 qu’elle apparaît. Elle sera reprise dans le préambule de la Constitution de 1958, dont l’article Ier rappelle que La France est une République laïque.

L’autre grand moment de la laïcité française réside dans l’adoption de la loi de décembre 1905 instaurant la séparation des Églises et de l’État. Cette Loi fondatrice pose les bases de non-ingérence et de séparation avec les institutions religieuses. La séparation est réciproque. N’oublions pas que la position radicale française sur la laïcité est le fruit d’un long combat anticlérical dans lequel le but était de réduire à portion congrue l’influence de l’Eglise et des militants politiques qui l’entouraient. Ceci explique alors pourquoi les autres grandes religions monothéistes n’ont pas figuré à la table des négociations, d’où le déséquilibre de traitement qui existe encore aujourd’hui.


Elle n’était pas complète notre laïcité car elle ne s’est appliquée dans un premier temps qu’au citoyen et qu’en métropole. Passé revenu des colonies, les populations du cru n’avait pas la citoyenneté pleine et entière, comme en Algérie par exemple. Le droit qui s’appliquait faisait une large place aux coutumes locales des cultes, des structures religieuses et de leurs ministres. Je me souviens avoir entendu par des amis venant d’Alger que cela avait entrainé dans les années des accords d’Evian de vrais incompréhensions entre ceux qui arrivaient, et qui en Algérie pouvaient publiquement exercer leur religion, et ceux qui en France leur demandaient de respecter l’usage tacite de se fondre dans la population. L’histoire est bien un éternel recommencement !

La laïcité n’est pas parfaite et l’égalité n’est pas compléte. En effet le principe de laïcité dans l’éducation ne s’applique pas en Alsace et en Moselle, ni à Mayotte pour les principes du droit où la loi islamique, la charia, s’applique selon le minhadj et à Wallis et Futuna l’enseignement est concédé par l’État au diocèse catholique pour les écoles primaires. Voilà pour le passé et le présent. Quant au futur, au niveau Européen les tentatives d’inclusion de la notion de valeurs chrétiennes dans la Constitution européenne tendent à amorcer un mouvement qui trahit toujours cette même lutte d’influence. Ne l’oubliez pas lorsque vous vous demanderez le 7 juin prochain si la plage c’est pas mieux que le bureau de vote : votez pour les élections européennes le 7 juin 2009 c’est aussi choisir qu’elle place va prendre la laïcité et sa préservation dans l’Europe de demain !

Laïcité et état civil


Depuis 1792, le curé de la paroisse n’a plus la main mise sur l’état civil. Avant cette date vous le savez, la naissance, le baptême, le mariage et la mort se retrouvaient validés dans les grands registres de Monsieur le Curé. A partir de cette date c’est un nouvel officier qui prend la main, le maire de la commune. Tout cela passe avec armes et bagages dans le champ de la Res Publica sauf les baptêmes qui ne seront pas laïcisés et pour cause même si il en existe aujourd’hui des républicains. L’Etat civil est la partie la plus visible de l’iceberg de la laïcité au quotidien.

Laïcité et liberté


Autre domaine qui touche notre quotidien lorsque l’on parle de laïcité c’est celui de la liberté et plus particulièrement celle liée à l’expression et à l’opinion. Grâce à elle chacun peut prétendre à pratiquer une religion comme il le veut ou à ne pas en avoir si cela le chante. La seule limite est une limite qui comme pour la liberté doit s’arrêter où celle des autres commence. Ce principe a ainsi pu permettre d’interdire que la sphère religieuse entre dans les recrutements. Elle implique aussi la neutralité de l’Etat et de la chose publique qui interdit aux fonctionnaires de porter des signes religieux dans le cadre de leur fonction. Bien évidement ce n’est pas une application exclusive du principe de laïcité. Il est aussi interdit de faire cas de l’origine ethnique, de la couleur de peau, de l’appartenance politique ou syndicale par exemple.

Au niveau collectif, le fait qu’une organisation soit ou non affiliée à une religion ne peut pas non plus entrer en considération : seules les activités cultuelles sont exclues, mais un club sportif dépendant d’une église peut obtenir des subventions aussi bien qu’un club laïc, dans la mesure où il est aussi à tous. De même, les écoles confessionnelles peuvent participer au « service public de l’éducation », l’Etat en paye alors les professeurs et les collectivités territoriales contribuent à leur bonne marche, ce qui implique notamment qu’elles respectent les programmes officiels, et qu’elle doivent accueillir, service public oblige, tous les élèves qui le souhaitent indépendamment de leur religion et sans prosélytisme dans le cadre des cours. Mais n’est ce pas un atteinte à la laïcité ? Je me souviens encore de la guerre des écoles !


La laïcité et l’école

C’est là que la sphère de la laïcité est la plus connue : l’école. L’enseignement de la foi ne fait pas partie du cursus des élèves. Mais au nom de la liberté il a été laissé une journée par semaine pour être justement libre de suivre un enseignement religieux. J’ai été durant mes années de primaire au catéchisme tous les mercredis matin à l’école libre Sainte-Marie de Créon avec un curé extraordinaire, le pére Chevalier, qui avait un véritable respect des autres. Dans les écoles il reste cependant impossible, ai-je pu lire, d’interrompre la classe pour une prière, d’exiger un menu spécifique à la cantine, ou de squatter la cour de récréation pour une messe. De même, les signes religieux « ostentatoires » sont interdits dans les écoles publiques. Vous voyez bien que la règle est là mais que dans la vie contemporaine la laïcité perd du champ, il suffit de se rappeler certains événements pour s’en rendre compte. Je considère que c’est une régression et que ne pas la voir est républicainement suicidaire.

Condorcet, Hugo et Ferry, notamment, ont œuvré à la création d’une école laïque qui accueille tous les enfants, sans distinctions d’origine, de sexe ou d’option spirituelle de leurs parents avec une indépendance totale par rapport aux religions ou aux idéologies. C’est comme le titre de ces revues sur les étagères du bureau de mon pére : L’école libératrice ! Je reviendrai en détails sur ce duo école et laïcité dans un billet entièrement consacré à la question car il est à lui seul pour moi un réceptacle de toutes les tensions, de tous les combats et de beaucoup de questions.

Les femmes et la laïcité

Pour Condorcet les hommes ne peuvent être libres et égaux si la moitié du genre humain n’est pas libérée de ses entraves séculaires, ça c’est dit !. Pour Élisabeth Sledziewski, la Révolution est le moment historique de la découverte par la civilisation occidentale que les femmes peuvent avoir une place dans la cité, et non plus simplement dans l’ordre domestique. Et de deux ! Mme Vianès, auteur d’Un voile sur la République affirme que grâce à la laïcité, les femmes vont s’affranchir du poids des religions par les revendications de disposer librement de leur corps, de leur esprit et d’avoir la maîtrise de leur désir d’enfant. Et de trois ! Pour elle, La laïcité à la française offre la meilleure garantie d’égalité entre les deux sexes. Si ça ce n’est pas une application concrète de la laïcité dans le quotidien de la moitié de l’humanité je veux bien faire mon mea culpa !

En 1910, l’adultère est considéré comme un délit puni de prison pour les femmes et d’une simple amende pour un homme. Le devoir conjugal est pour les femmes une obligation, celle-ci ne sera abolie qu’en 1990. Il a fallu attendre 1965 pour que les femmes n’aient plus besoin de l’autorisation de leur mari pour choisir une profession, ouvrir un compte bancaire et avoir la pleine jouissance de leurs biens propres. L’égalité des époux est devenue effective grâce à la loi sur la nouvelle réforme des régimes matrimoniaux. La laïcité était passée par là. Pour moi, toutes ses inégalités étaient bien véhiculées par les religions et ceux qui les administraient. Que serait le statut de la femme occidentale sans la laïcité ? Posez-vous la question de temps en temps et regardez le monde pour avoir la réponse !

Je pourrais en dire autant sur le droit de vote des femmes. « Les radicaux ont peur de nous » disait Hubertine Auclert. Ainsi, l’un d’eux, en séance au Sénat lui donnait raison « Les électeurs catholiques sont peut-être des enfants à genoux quand il s’agit du prêtre servant la religion, mais ils sont assez souvent des citoyens debout quand ils exercent leurs droits politiques. Pour les femmes, vous le savez bien, il en va tout autrement. Même quand elles sont assez peu catholiques, elles subissent l’influence du prêtre catholique. » Mais n’imaginez pas que tout est réglé dans notre 21ième siécle. Je me souviens du rapport Stasi en 2003 et des menaces importantes qu’il montrait du doigt sur les libertés individuelles des femmes. Une jeune femme entendue à huis-clos par la commission dira ainsi que « la République ne protège plus ses enfants ». Moi je rajoute qu’en perdant la laïcité elle pourrait continuer de plus belle si nous n’y prenons pas garde !

Laïcité et famille
Le modèle de la famille chrétienne n’est plus la norme légale aux yeux de la République laïque. Mais combien d’années a-t-il fallu pour les enfants nés hors mariage ne soient plus qualifiés de bâtards. N’oubliez pas que ce n’est qu’en 1987 que la Loi étend l’exercice de l’autorité parentale aux couples non mariés et aux couples divorcés et en 2001 qu’est supprimé la pénalisation des enfants adultérins dans les successions. En 2005, une ordonnance supprimera la distinction entre enfant légitime et enfant naturel, entérinant l’égalité entre les enfants quelle que soit leur mode de filiation, à la seule exception des filiations incestueuses. Si la laïcité n’était pas passée par là qu’en serait-il ?

Le cadre légal est la seule référence morale de la République et pour moi elle doit le rester parce que les Lois sont votées par le Peuple et pour le Peuple. Pourvu que ça dure !

Marie-Christine Darmian-Gautron (G.E.Gironde)