Vu d’Alsace : le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN

OTANMais qu’est-ce que la France va faire dans le commandement intégré de l’OTAN ?

La France était une force militaire indépendante depuis 1966, date de la décision du Général de Gaulle de sortir du commandement intégré de l’Alliance atlantique. La France a toujours été l’alliée des Etats-Unis, mais elle était militairement et politiquement indépendante. Dans tout le pays et dans tous les partis, la position prise en 1966 faisait consensus. Cette ligne stratégique était la base, le socle même de la puissance et de l’audience de notre pays à travers le monde. Alliée aux Etats-Unis, mais pas vassal : la France pouvait prendre sa propre position et défendre ses intérêts à travers le monde.

Aujourd’hui, Nicolas Sarkozy a fait entrer notre nation dans le commandement intégré de l’OTAN. C’est une erreur politique importante. Outre qu’il brade la ligne de consensus française pour son propre prestige et pour le plaisir de faire quelques photos en présence de Barack Obama, l’omniprésident de la République a, de fait, affaiblit la position internationale de notre pays.

Prendre une position aussi courageuse que celle qu’avait prise le Président Chirac pour ne pas engager la France dans la guerre d’Irak sera malheureusement beaucoup plus difficile à prendre. Certains diront que l’Allemagne, elle aussi, n’a pas été  en Irak alors qu’elle est dans le commandement intégré. C’est vrai, mais sans la position indépendante de la France, qui lui permettait de rendre sa position légitime, l’Allemagne aurait été avec nous dans cette « guerre-galère ».

D’autres diront également que la politique étrangère américaine ne sera plus la même avec Barack Obama au pouvoir. C’est peut-être vrai. Bien qu’étant admiratifs du début de mandat d’Obama, la vérité oblige à dire que l’Amérique restera toujours l’Amérique. D’autant qu’Obama ne sera aux affaires au mieux que huit années.  Et surtout, Obama ou pas, le Président américain défendra encore et toujours les intérêts de son pays sur la scène internationale. Et la France, dans le commandement intégré de l’OTAN devra suivre, elle n’aura pas d’autre choix. L’exemple type reste l’Afghanistan, où nos troupes sont engagées et où Obama envisage de poursuivre l’action entamée par son prédécesseur. La France ne pourra que difficilement en sortir. Seule une position indépendante à l’OTAN et des responsables politiques courageux pourront nous permettre de quitter l’Afghanistan avant les américains.

Outre les élus socialistes qui ont contestés très fortement cette décision par la voix de Laurent Fabius le 17 mars dernier, des responsables politiques de droite se sont aussi engagés contre cette réintégration comme Alain Juppé, Dominique de Villepin ou encore François Bayrou, pour ne citer qu’eux. A gauche aussi, des hommes d’Etats et non des moindres continuent à s’opposer à cette réintégration. Jean-Pierre Chevènement estime qu’un retour dans le commandement intégré est une décision « dangereuse pour la sécurité de la France » et Laurent Fabius, lui, indiquait que cette réintégration « briserait le consensus national » et que si « M. Sarkozy est Président de la République, il n’est pas propriétaire du destin de notre pays. Il ne lui appartient pas, par préjugé idéologique, de rompre avec les intérêts supérieurs de la France. »

François Fillon a réussi un formidable tour de « passe-passe » lors du vote à l’Assemblée Nationale. En effet, sachant que même à droite, certains députés pourraient voter contre la réintégration, celui-ci a engagé une procédure du vote de « confiance » sur la politique de son gouvernement, faisant donc pointer le risque d’une crise politique en cas de vote défavorable, et contraignant les députés de son propre camp à voter pour cette mesure.

Cette décision prise sans un véritable débat démocratique par la majorité conservatrice au Parlement à débouché sur le fiasco du Sommet de l’OTAN à Strasbourg.

Tout était l’air mis en œuvre pour décrédibiliser le contre-sommet de l’OTAN : le site où était installé le « village alternatif » à été cantonné au fin fond du quartier du Neudorf (à l’extrémité sud de l’agglomération strasbourgeoise), le centre-ville était impossible d’accès, avec des allures de camp retranché (9000 policiers et gendarmes, 1500 militaires), plusieurs associations altermondialistes ont été bloquées à la frontière allemande, et les reportages parlant du contre-sommet ne présentaient que des affrontements entre groupes de « casseurs » et forces de l’ordre. La manifestation du contre-sommet a été autorisé dans un seul endroit : le quartier du Port du Rhin, un quartier difficile d’accès, très éloigné, à nouveau, du centre-ville, et sans réelle possibilité de visibilité médiatique. De plus, le quartier semblait dépourvu de forces de police, celles-ci se contentaient de bloquées les ponts permettant de s’approcher du centre-ville. En bref, tout était prêt pour que le quartier soit « sacrifié » afin que Nicolas Sarkozy puisse s’afficher tranquillement en ville avec Barack Obama. C’est ce qui s’est passé. En effet, malgré l’omniprésence des forces de l’ordre à Strasbourg au cours de ce week-end, aucune n’est intervenue pour stopper les incendies de la douane, de la pharmacie, et de l’hôtel qui se trouvaient dans le quartier. Par ailleurs, la manifestation n’a pas vraiment pu se dérouler. Elle fut bloquée devant un petit passage sous une voie de chemin de fer, « un vrai guet append » selon certains organisateurs. S’en est suivit un affrontement très violent entre casseurs et CRS. Le gros de la manifestation pacifiste s’est alors retrouvée entre deux feux, et plusieurs personnes qui ne faisaient que manifester se sont vues touchées par des tirs de gaz lacrymogène… Le bilan est lourd : 33 manifestants, 15 policiers, et un journaliste blessés, l’ancienne douane, l’hôtel ibis, une pharmacie et une station service partis en fumée ; la grande mobilisation des forces de polices, n’a pas permis d’empêcher le désastre dans un quartier déjà fortement touché par la précarité.

Pour sortir par le haut, les socialistes doivent faire connaître la position qu’ils défendent. En effet, un des passages du texte adopté par le Parti Socialiste et intitulé « Donner une nouvelle direction à l’Europe » fait référence à la politique en matière de défense dont voici l’extrait :

– Une Europe forte avec une vraie défense européenne et non cette subordination au commandement intégré de l’OTAN que Nicolas Sarkozy impose à la France.

Voilà qui doit permettre de faire vivre le débat, voilà aussi un argument qui doit être au cœur de la campagne des élections européennes.

Franck Dudt et Matthieu Rudler (G.E. Haut-Rhin)

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